26
Janvier

Notre Dame des Landes : la fabrication d'un mensonge d’État

Publié dans Publications

FrancoiseVerchereFrançoise Verchère vient d’écrire un livre sur Notre-Dame des Landes qui fera date. Un livre de combat, en trois courts chapitres, qui a le mérite de replacer le conflit en perspective.

 

Le blog http://etatsetempiresdelalune.blogspot.fr/2016/01/un-document-evenement-sur-notre-dame.html le publie intégralement.

 

"Le dernier verdict du tribunal de Nantes met le gouvernement au pied du mur : soit expulser manu militari les zadistes du site de Notre-Dame des Landes, soit renoncer au projet d’aéroport du grand ouest. Avec la présidentielle à l’horizon, sa décision est à la fois très attendue et à très haut risque. Le conflit n’a que trop duré : il s’est enlisé et plus personne ne voit comment en sortir. La fenêtre de tir politique se restreint de jour en jour. À l’évidence, nous sommes à la veille d’un tournant décisif.

Beaucoup de citoyens (certains n’étaient pas nés lorsqu’il a commencé) ont une vision embrouillée du conflit. Des arguments techniques complexes de part et d’autre, des enjeux économique, écologique et sociétal qui s’opposent, une image de plus en plus négative des zadistes face à l’état de droit, des violences policières qui ont grièvement blessé de jeunes manifestants, des politiques qui s’invectivent ou qui s’observent… Il n’y a pas eu de mort comme à Sivens (et espérons qu’il n’y en ait pas !), toutefois le clivage laissera des traces douloureuses.

Si nous n’en sommes pas encore aux travaux d’historiens, Notre-Dame des Landes est déjà un cas d’école qui commence à susciter des témoignages. Celui de Françoise Verchère fera date. Parce que c’est la vision d’une opposante historique et déterminée, d’une figure emblématique, parce qu’elle connaît le dossier à la virgule près, mais pas seulement. Son livre, publié sur ce blog, est évidemment partisan. Mais il est brillant, comme à chaque fois qu’elle prend la plume. Surtout, au-delà des arguments qu’elle déroule inexorablement, des « mensonges » qu’elle dénonce un par un, il nous donne une vision complète et intelligible du conflit. Pour la première fois, un document nous permet d’y voir plus clair, qu’on soit d’accord ou pas avec son auteur.

J’imagine que ce texte appellera une réponse tout aussi circonstanciée et brillante des partisans du projet. Il va de soi que je me ferais un devoir de la publier à son tour s’ils le souhaitent.

En attendant, bonne lecture… E.C."

 

Le livre de Françoise Verchère est édité aux éditions Tim Buctu - 10 €

http://timbuctueditions.fr/index.php?post/51/Notre-Dame-des-Landes%2C-la-fabrication-d-un-mensonge-d-%C3%A9tat-Fran%C3%A7oise-Verch%C3%A8re

Vous pouvez vous le procurer

 

 

 

19
Juin

Prise de parole de Françoise Verchère à Nantes le 18 juin 2015

Voici le texte de la prise de parole de Françoise Verchère, au nom du CéDpa, square Daviais à Nantes le 18 juin en sortie de l'audience au tribunal administratif sur la demande d'annulation des arrêtés Loi sur l'eau et dérogation à la destruction des espèce protégées.

Texte préparé pour l'audience mais qu'il ne fut pas possible de lire dans l'enceinte du tribunal.

 

Au nom de mes collègues élus du CéDpa, je voudrais prendre la parole très brièvement. Nous sommes ou nous avons été élus, et à ce titre nous connaissons bien les procédures administratives avec leurs forces et aussi leurs défauts. Nous savons que les projets d’État sont les plus difficiles à remettre en question pour mille et une raisons et nous mesurons combien celui de Notre Dame des Landes est très chargé symboliquement.

 

Nous vous demandons ce matin de ne le juger qu'au titre du respect de la loi sur l'eau et sur la protection des espèces protégées. Valider les arrêtés qui permettraient la destruction d'une zone humide remarquable et de la biodiversité qu'elle abrite équivaudrait nous semble-t-il à vider la loi sur l'eau de toute sa substance. Ce serait aussi balayer deux avis scientifiques, celui de la commission spéciale nommée par le gouvernement en 2012 et celui du conseil national du patrimoine naturel et de la biodiversité, avis qui tous deux affirment que la destruction serait irrémédiable et incompensable.

 

Il y a quelques années, face aux alertes concernant le climat, certains remettaient en cause le constat des scientifiques. A quelques mois de la Conférence sur le Climat, il y a désormais unanimité sur le constat. Pas forcément encore sur les décisions qu'il faudrait prendre... nous verrons... A une moindre échelle, nous sommes ici devant le même paradoxe. La parole scientifique est claire : il ne faut pas détruire le bocage de NDL et pourtant on s'apprête à le faire et on vous demande de cautionner cette faute ! On parle de compenser mais je vais vous donner un exemple aisément vérifiable. Il y avait à l'arrivée de Nantes-Atlantique un petit bois qui a été rasé il y a quelques années pour réaliser un parking. La compensation consistait simplement si l'on peut dire à replanter des arbres, rien de bien compliqué. Lorsque la commission de l'environnement a été invitée à voir la plantation de compensation faite à l'intérieur de l'enceinte en octobre 2012, elle a constaté qu'il y avait au mieux 10 % de plants vivants. Si l'on n'est pas capable de planter de simples arbres, comment pourrait-on compenser un milieu aussi complexe que celui de NDL ?

 

En réalité, les décideurs sont enfermés dans un choix qui a été fait il y a 40 ans. A une époque où nous étions collectivement ignorants de certains enjeux environnementaux, notamment ceux liés à l'eau, aux zones humides, aux inondations. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Nous savons et donc nous devrions être capables de trouver de nouvelles solutions. Pour le dire simplement, quand bien même il faudrait déplacer l'actuel aéroport, le site de Notre Dame des Landes aurait dû être abandonné depuis longtemps. Nous espérons donc que votre jugement puisse aider à sortir de l'impasse actuelle.

 

Pour terminer, les hasards du calendrier étant ce qu'ils sont, vous savez que les candidats au bac de philo ont planché hier sur de beaux sujets dont deux mériteraient que nous y réfléchissions tous : « la politique échappe-t-elle à l'exigence de vérité ? » et « Respecter tout être vivant est-ce un devoir moral ? ». Depuis que nous avons analysé au fond ce dossier, nous sommes convaincus qu'il signe une faillite intellectuelle et morale de notre démocratie, car il est tissé de mensonges et de manipulations. Ceux qui passent le bac en ce moment auront à vivre dans le monde que nous leur laisserons si dévasté déjà. Faudra-t-il aussi qu'ils vivent dans un monde sans vérité et sans morale ?

 

Nous espérons encore que non.

14
Mars

Intervention de Françoise Verchère pour le CéDpa au rassemblement du 27 février 2016

Le nez des porteurs de projet NDL s'est encore allongé depuis notre dernière manifestation. Il sera bientôt aussi long qu'est haute la vigie en cours de construction sous nos yeux !

Nous avons fini par trouver la grandiose arnaque (voir ici) qui en 2007 au moment de l'enquête d'utilité publique a permis de présenter une étude socio-économique soi-disant favorable au transfert.

Fondée sur le mensonge de la saturation de NA à 56 000 mouvements, et sur un scénario de science-fiction aéronautique tellement tordu qu'il est impossible de l'expliquer facilement …Cette arnaque n'était pas dans le dossier d'enquête publique. Il nous aura fallu solliciter la Commission d'Accès aux Documents Administratifs, la ministre de l’Écologie, sortir la loupe au sens propre, lire et relire pour trouver enfin! Encore n'avons-nous pas tout élucidé car nous n'avons toujours pas l'étude complète.

Mais on comprend mieux que la Direction Générale de l'Aviation Civile ait refusé depuis si longtemps de nous répondre. Le fera-t-elle pour les inspecteurs nommés par Ségolène Royal qui doivent remettre un rapport pour le 30 mars ? Un rapport dans lequel ils doivent , et c'est une première, comparer le projet de NDL et d'autres solutions comme l'optimisation de Nantes-Atlantique ou la mise en réseau des aéroports existants.

Nous voulons bien encore essayer d'y croire même si les élus échaudés craignent désormais toute nouvelle commission qui pourrait être nouvelle entourloupe. Comme peut l'être aussi cette idée de consultation ou de referendum qui pose tant de questions : sur le périmètre, sur la formulation, sur les moyens matériels et financiers donnés aux deux parties. On ne sort pas de l'impasse d'un mauvais projet par une question posée in fine mais par d'abord la vérité.

Car nous ne pouvons accepter que la décision publique soit fondée sur le mensonge, sur la paresse intellectuelle qui fait que tant d'élus ne rouvrent pas le dossier, sur les petits arrangements avec le monde financier et probablement avec la spéculation immobilière.

Nous, élus et anciens élus, nous ne pouvons accepter que la notion d'intérêt général soit à ce point bafouée, que l'opacité pour ne pas dire plus, règne, alors que les mots de transparence et de démocratie sont répétés à l'envi.

Nous ne pouvons accepter que de telles pratiques jettent la suspicion sur toute action politique et creusent le fossé déjà très profond entre la population et ceux qui sont censés la représenter.

NDL est le signe de la faillite intellectuelle et morale de ceux qu'on appelle à tort « les élites ».

Nous tous ici,  nous sommes les « gens ordinaires » dont parlait Georges Orwell, ceux pour qui les valeurs d'honnêteté, de vérité, de bien commun, de partage ont encore un sens.

Notre combat collectif est le signe de la volonté inébranlable que nous avons de nous réapproprier l'avenir et de décider de la vie que nous voulons mener sur cette terre déjà si malmenée.

31
Janvier

L’abandon de l’aéroport de NDDL était la seule décision raisonnable

Pour Françoise Verchère, coprésidente d’un collectif d’élus opposés au projet du grand aéroport, le gouvernement a respecté les conclusions des médiateurs et tenu compte des opinions publiques contre les réseaux et les lobbys

 

Nous ressentons d’abord un immense soulagement. Le soulagement de savoir qu’il n’y aura pas de destruction de terres agricoles, pas de saccage de la biodiversité, pas de perturbation de cette vaste zone humide, et donc que tous ceux qui y habitent, humains, vaches et tritons, ne verront pas leur vie bouleversée par la réalisation d’un aéroport. Le soulagement aussi de constater que le rapport des médiateurs a confirmé la véracité de tous les arguments que nous avions développés jusqu’ici en vain, permettant ainsi au gouvernement de prendre la seule décision qui était raisonnable et que nous attendions depuis si longtemps : l’abandon d’un projet inutile, coûteux et destructeur.

 

Il n’y a pas là déni de démocratie, comme certains vont s’empresser de le crier. Le déni de démocratie ne réside pas dans la non-prise en compte d’une consultation finale biaisée et malhonnête, mais bien dans les dysfonctionnements des procédures de débat public, dans le mépris des compétences et des avis des citoyens ou des scientifiques pendant les enquêtes, dans les petits et grands mensonges répétés à l’envi : la saturation prétendue de l’actuel aéroport, la menace imaginaire sur le lac de Grand-Lieu, le prétendu peu d’intérêt du site de Notre-Dame-des-Landes (NDDL), le fantasme des créations de lignes aériennes…

 

Si les habitants de Loire-Atlantique qui ont voté oui en 2016 ont l’impression de ne pas être respectés parce que le projet est abandonné, qu’ils n’oublient pas qu’ils ont d’abord été trompés pendant des années. Après Sivens, après NDDL, et alors que tant d’autres projets qui ressemblent à ces deux-là se poursuivent, peut-on espérer que soit enfin compris l’enjeu démocratique qu’ils révèlent ? Le temps des élus omnipotents, seuls décideurs et jamais comptables de leurs décisions, est révolu, celui des réseaux et des lobbys doit l’être aussi, car les citoyens ont des compétences qui leur permettent de produire des analyses et des propositions alternatives. Ils ont même, pour beaucoup, une vision plus aiguë et lucide des enjeux à venir.

 

Ce qui devrait vraiment renouveler la manière dont sont décidés l’intérêt général et la fameuse « utilité publique » au nom de laquelle on nous a expliqué mille fois l’insuffisance de l’aéroport actuel et la nécessité de détruire le bocage de Notre-Dame et au nom de laquelle nous avons perdu de nombreux recours devant la justice.

 

Faute de quoi, ni la mort d’un jeune homme ni notre victoire d’aujourd’hui ne changeront vraiment les choses. Nous comprenons que les riverains les plus touchés par les nuisances sonores de l’aéroport de Nantes-Atlantique puissent être déçus de la décision gouvernementale, mais nous réaffirmons que l’on peut prendre des mesures pour vivre mieux « sous les avions ». Le choix de ne rien faire ou presque pendant si longtemps était volontaire pour mieux justifier le transfert de l’aéroport. Désormais, il faut que l’Etat décide très vite de réviser le Plan de gêne sonore, qui permet d’aider à l’insonorisation des logements et des établissements publics, qu’il mette en place toutes les procédures de moindre bruit et limite, voire interdise, les vols de nuit.

 

Nous sommes soulagés, et émus aussi. Parce que le combat a été si long que certains des résistants de la première heure nous ont quittés avant la victoire, emportés par la maladie. Je pense, comme beaucoup sans doute aujourd’hui, à Michel Tarin [mort en 2015], paysan « passeur de terres » et gréviste de la faim [en 2012], qui aurait tant aimé savoir préservé ce territoire qu’il aimait. Je veux saluer ici sa mémoire et rappeler qu’il a été un vrai « premier de cordée », une cordée solidaire et humaine… Celle que nous avons constituée tous ensemble dans notre diversité, parce que nous étions persuadés de la légitimité de notre cause. Celle qui a dû s’éloigner des chemins balisés, occuper illégalement terrains et maisons pour empêcher le début des travaux, parce qu’il n’y avait pas d’autres moyens devant l’obstination du pouvoir. Celle qui veut maintenant, sur ce territoire, ouvrir une autre route pour un avenir meilleur.

 

Image fantasmée de la ZAD

 

Je ne parle évidemment pas de la route départementale dite « des chicanes ». Celle-là, nous savons bien que l’abandon de l’aéroport doit aboutir à sa normalisation. Nous l’avons dit et écrit, il faut juste donner un tout petit peu de temps au temps. Il faut dire que, depuis des semaines, l’image fantasmée de la ZAD, avec des pièges, des armes et des ultraviolents, a fait son chemin. Les mêmes mots, repris par de trop nombreux médias, par des politiques et des commentateurs qui n’y ont jamais mis les pieds, ont préparé les esprits à un affrontement présenté comme inéluctable. Cela ferait de si belles images, édifiantes pour la population et peut-être dissuasives pour d’autres luttes ! Les jeux du cirque moderne, sous les caméras…

 

Puisque le projet est enfin abandonné, puisque la zone restera agricole et naturelle, montrons notre force collective. Enlevons les pneus, les carcasses de voitures et tout ce qui avait été amassé sur cette route pour défendre la zone. Pourquoi s’y opposer, et prendre des risques humains et symboliques importants ? Car le combat qui mérite d’être poursuivi n’est pas le maintien de quelques chicanes sur une route, mais bien un avenir possible et désirable pour ceux qui habitent ce territoire et veulent y rester. Pour que se poursuivent les projets et les expériences de vie et de solidarité en cours. Pour que Notre-Dame-des- Landes soit une vraie et belle victoire, porteuse d’espoirs.

 

Françoise Verchère, coprésidente du Collectif des élus doutant de la pertinence de l’aéroport (Cédpa), est ancienne maire de Bouguenais (Loire-Atlantique)

A propos

Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d'Aéroport de Notre Dame des Landes Association luttant contre la création d'un autre aéroport à Nantes (Loire Atlantique), sur les communes de Notre Dame des Landes, Grandchamp des Fontaines, Vigneux de Bretagne et Treillières

Autocollant Acipa 2012 fond-gris

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