19
Avril

Lettre du CéDpa et de l'ACIPA à Ségolène Royal

Le CéDpa (Collectif d'élu-e-s) et l'ACIPA ont écrit à Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, le 7 avril dernier :

Objet : demande de rencontre au sujet du projet d'aéroport de Notre Dame des Landes

 

Madame la Ministre,

 

C'est avec beaucoup d'espoir que nous nous adressons à vous au lendemain de votre nomination au Ministère de l'Ecologie, du Développement Durable et de l'Energie, nomination dont nous tenons à vous féliciter sincèrement.

 

En effet, nous n'avons pas oublié vos prises de position courageuses plusieurs fois réitérées au sujet de Notre Dame des Landes. Vous aviez notamment souhaité une nouvelle enquête d'utilité publique et affirmé qu'il fallait remettre à plat le dossier. Nous n'avons pas non plus oublié votre action pour protéger le marais poitevin que le projet autoroutier de l'A83 menaçait directement. Vous savez combien il est difficile de lutter pour préserver une zone humide particulièrement fragile car le pique-prune là-bas ou le campagnol amphibie ici pèsent peu face aux arguments du "développement "...

 

Aujourd'hui, le dossier de Notre Dame des Landes est dans l'impasse, parce qu'il concentre toutes les erreurs qu'il ne faudrait plus commettre : destruction inutile de terres agricoles et d'un écosystème remarquable, partenariat public-privé très discutable, arguments mensongers et entêtement inexplicable des porteurs du projet. La mobilisation citoyenne, la résistance sur le terrain ont permis de faire prendre conscience à beaucoup de Français de l'inutilité de ce projet du siècle passé. Fin février, le précédent premier ministre, Jean-Marc Ayrault a promis que les travaux ne commenceraient pas avant la fin de tous les recours juridiques. Cette position de gouvernement a été actée dans certains accords électoraux locaux entre écologistes et socialistes.

 

Cependant, même si cette décision est positive, nous ne pouvons nous en satisfaire. Pour deux raisons.

 

La première est une question de fond. Les recours encore pendants portent essentiellement sur le droit de l'environnement, et non plus sur le dossier de DUP alors que notre contrexpertise en avait montré les failles. Certes, nous avons confiance dans la force de nos arguments environnementaux puisque le site est une vaste zone humide qui a toutes les caractéristiques d'une zone « Natura 2000 ». D'ailleurs, le collège d'experts scientifiques nommé par le gouvernement a été très clair dans son rapport d'avril 2013 : la destruction de cet écosystème remarquable n'est pas compensable. Et si l'intérêt général, continuent les scientifiques, impose la destruction du site, alors la méthode de compensation retenue par l'Etat et AGO, est à revoir car elle n'est pas valide ni dans ses principes ni dans son application à Notre Dame des Landes. C'est pourtant cette méthode de compensation, invalidée par les experts, qui fonde les arrêtés préfectoraux de décembre 2013. Nous espérons que la justice dira le droit mais il nous semble que ce serait à l'Etat garant de la loi sur l'eau de prendre acte et de renoncer enfin à ce site choisi dans les années 70.

 

La seconde est que l'enlisement judiciaire nous semble lourd de conséquences, voire de risques.

 

Voilà déjà quarante ans que les habitants et les élus du secteur vivent avec ce projet et les contraintes qui en découlent sans pouvoir s'engager dans un autre modèle de développement ; voilà aussi de trop longues années que Nantes-Atlantique souffre du syndrome « Notre Dame des Landes » et ne s'est pas projeté dans un maintien à long terme. Or il faut travailler à son amélioration et le plus tôt sera évidemment le mieux. Nous voulons d'ailleurs attirer votre attention sur les toutes dernières études que la Direction Générale de l'Aviation civile a réalisées sur ce sujet à la demande de la commission du dialogue. Une fois de plus, les résultats en sont caricaturaux. La DGAC prétend malgré l'évidence, malgré des chiffres et des arguments imparables que l'amélioration de Nantes-Atlantique coûterait plus cher que la construction d'un aéroport neuf... Elle prétend aussi que le nombre de mouvements sur Nantes-Atlantique va continuer à croître et donc à pénaliser l'urbanisation alors que les chiffres de 2013 invalident déjà ses hypothèses...

 

La manifestation du 22 Février dernier a montré la puissance de la contestation : 540 tracteurs et des dizaines de milliers de manifestants venus de toute la France. Nous regrettons vivement les incidents qui se sont produits et ont malheureusement occulté le succès de cette mobilisation. Mais l'exaspération ne peut que grandir quand un problème n'est pas traité correctement. A force de ne pas répondre sur le fond, à force d'agir en contradiction avec son propre discours sur la nécessaire protection des zones humides, de la biodiversité, et des terres agricoles, l'Etat discrédite sa parole et affaiblit sa légitimité. C'est aussi une des leçons à tirer de ce dossier et nous sommes sûrs que vous en aurez la volonté.

 

Malgré nos demandes régulières, malgré les promesses faites en juillet 2013, nous n'avons jamais encore été reçus par le Ministre de l'Ecologie et du Développement Durable. C'est pourquoi nous réitérons aujourd'hui cette demande de rendez-vous afin de pouvoir vous remettre un dossier complet et vous expliquer de vive voix les raisons pour lesquelles il est temps d'arrêter ce projet inutile, coûteux et destructeur. Bien évidemment si vous en manifestiez le souhait, nous pourrions aussi vous accueillir sur place et vous montrer à la fois l'aéroport actuel et le site de Notre Dame des Landes.

 

Nous attendons avec confiance et espoir votre réponse, et dans cette attente nous vous assurons, Madame la Ministre, de notre plus parfaite considération,

 

Les coprésidents du CéDpa : Françoise Verchère, Jean Paul Naud, Isabelle Loirat

Les coprésidents de l'Acipa : Anne Marie Chabod, Dominique Fresneau, Christian Grisollet

A propos

Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d'Aéroport de Notre Dame des Landes Association luttant contre la création d'un autre aéroport à Nantes (Loire Atlantique), sur les communes de Notre Dame des Landes, Grandchamp des Fontaines, Vigneux de Bretagne et Treillières

Autocollant Acipa 2012 fond-gris

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